Following the Letters by Hilary SUNMAN 11

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onzième traduction

Part Two : Life Torn Apart

8 Collaboration et résistance

« La collaboration ne fut pas nécessairement prompte, librement consentie ou inconditionnelle, et la résistance ne fut pas toujours immédiate, passionnée ou sans compromis. »
Hans Fallada, Seul dans Berlin, 1947

« Si l’histoire des opinions est l’histoire de l’ambiguïté et de l’ombre, jamais elle ne le fut davantage qu’en cette période. »
Pierre Laborie, 1989

Lors d’un verre de l’amitié à Bélaye, après la cérémonie de novembre en mémoire des morts, il y a quelques années, on me présenta Claude Sillac, un ancien combattant qui avait eu l’honneur de porter le drapeau pendant la cérémonie et qui, autrefois, avait combattu en Algérie. C’était un petit homme rond, aux sourcils broussailleux et au large sourire, qui montrait autant de vides que de dents. Il vivait dans une ferme sur le causse, à cinq cents mètres environ de Laromiguière, et il avait connu Irénée et sa famille ; il avait même travaillé sur les terres de Péchaud. « Irénée, me dit-il d’un air un peu conspirateur, est entré dans la Résistance parce que son père l’avait mis à la porte ; et il l’avait fait parce qu’il fréquentait une fille trop débauchée, trop légère. »

C’est une histoire que j’entendis de nouveau, quoique avec quelques variantes. Mon voisin Louis, aujourd’hui octogénaire et ancien camarade d’école de Claude Sillac, me dit qu’il était vrai qu’Irénée fréquentait une jeune fille que son père désapprouvait – elle était de mèche avec les Allemands -, et il ajouta que ce n’était pas son père qui l’avait chassé, mais plutôt la Résistance qui était venue le chercher, l’avait accusé de collaboration et l’avait envoyé au front sur la Garonne, près de Bordeaux : à la Pointe de Grave.

Ce fut Claude qui me dit que la jeune fille, Mlle Parmentier, était arrivée en 1940 pendant l’exode, qu’elle était venue loger chez les Ouillères à Laromiguière et qu’à un certain moment elle s’était mise à espionner pour les Allemands. Quelle que soit la vérité, on disait que Germaine, la mère d’Irénée, était furieuse ; elle avait la réputation d’être une femme dure et n’aurait pas voulu le garder sous son toit. Peut-être est-ce alors qu’il partit à Playssou ; du moins est-ce là, selon Louis, que la Résistance serait venue le chercher – peut-être la Parmentier y vivait-elle déjà. Mais il se peut aussi qu’il ait été ravi de s’engager, de fuir la colère de sa famille, peut-être le mépris de ses amis, et même les charmes de Mlle Parmentier. Roger – qui n’est pas homme à colporter les ragots – disait ne rien savoir de tout cela.

Ces années sont pleines d’ambiguïtés, d’ombres et de demi-vérités. J’en ai entendu bien des bribes : une femme fusillée sans jugement au monument aux morts de Bélaye après la guerre, dans les années amères des représailles. Peut-être était-ce Parmentier. Ou peut-être s’agissait-il de deux femmes. Une autre femme, à Grézels, à quelque cinq kilomètres de là, fut fusillée et pendue pour avoir couché avec un Allemand – collabo-horizontale – et l’on laissa à son père le soin de la décrocher, seul, puis de la transporter sur une brouette à travers toute la commune, afin de montrer ce qui arrivait aux collaborateurs.

Aujourd’hui, il reste peu de témoins, et bien des vérités demeureront sans doute cachées. Il y eut toujours, en même temps, de la résistance et de la collaboration, et les deux se confondaient dans la vie quotidienne. Selon les termes de l’armistice, les fonctionnaires français en place – les maires, les instituteurs, la police, les juges – devaient continuer d’exercer leurs responsabilités envers l’État français, c’est-à-dire Vichy. Mais cela revenait, de fait, à collaborer avec les Allemands au nom de l’État français. Comment auraient-ils pu faire autrement ? Il fallait bien vivre. De plus, beaucoup soutenaient l’armistice et tout ce que représentait le gouvernement de Pétain, et certains allaient plus loin encore : Laval avait des partisans, des fidèles, trop heureux d’exécuter les politiques et les volontés des Allemands. Les mémoires de Janet Tessier du Cros expriment très clairement ces divisions. Elle et son mari étaient passionnément antinazis, mais les parents de celui-ci soutenaient Pétain. Ces divergences rendaient les relations très difficiles, même si son récit montre avec netteté que l’affection et le respect familiaux furent – tout juste – préservés sous cette terrible pression.

Je ne sais pas où se situait Paul, ni d’ailleurs la famille de Folmont, même si, comme je l’ai dit, son adhésion à l’UF et au FOPI me semble indiquer un éloignement des politiques de droite de Vichy et de la puissance occupante. Il se peut fort bien que Paul ait été actif dans la Résistance, car Laromiguière est assez isolé, refuge possible, et le réseau de la Résistance couvrait la plus grande partie du département dans la seconde moitié de la guerre.

En vérité, il est difficile de démêler les fidélités au cours des quatre années sombres de l’Occupation ; elles changèrent et se transformèrent à mesure que les circonstances objectives évoluaient. Dans ces années de guerre, les lettres ne m’offrent guère d’éclairage, et les correspondants commentent peu ce qui se passe. Elles m’ont conduite chronologiquement jusqu’à cette période et laissent deviner un temps de traumatisme, mais rien, ici non plus, n’est explicite. Pourtant, même si je sais peu de chose de leurs activités directes et précises pendant ces années, les habitants de Latour et de Laromiguière furent plongés au cœur des drames, et j’espère que mon récit pourra au moins restituer le cadre dans lequel se déroulèrent leurs vies.

***

J’étais persuadée qu’il devait exister quelque part des documents, une évaluation du Lot pendant les années de guerre, et je fus enfin récompensée. À Cahors se trouve une très belle et très ancienne bibliothèque, la Bibliothèque patrimoniale et de recherche du Grand Cahors, installée dans un beau bâtiment néoclassique du XIXe siècle sur le boulevard Gambetta, et qui annonçait détenir des archives. J’avais interrogé les Archives départementales sans parvenir à trouver de documents réellement pertinents, mais dans cette ancienne bibliothèque on me donna trois noms : Cécile Vaissié, qui venait de publier un livre révélant bien des secrets et des allégeances de la période de guerre à Cahors ; Pierre Laborie, historien à l’université de Toulouse ; et Jacques Chapou, l’un des premiers chefs de la Résistance dans le Lot, dont la biographie avait été écrite par son collègue et compagnon de résistance, Metges. Ces trois noms m’ouvrirent ce monde de résistance et de trahison dans la région.

Laborie mena des recherches sur les attitudes pendant la guerre, à partir d’enquêtes et d’entretiens réalisés à Toulouse. Dans les premiers temps de la guerre, suggère-t-il, l’état d’esprit général des Français pouvait se définir par l’attentisme, le fait d’attendre et de voir. La vie était rude – les lettres le montrent bien. Les pénuries alimentaires et les difficultés de déplacement étaient oppressantes et constituaient pour les gens ordinaires une préoccupation constante. Mais les attitudes évoluèrent avec le temps, depuis les premières années de l’Occupation, relativement bénignes, jusqu’au régime plus dur qui se mit en place après 1942 et l’occupation de toute la France par l’Allemagne. Au début, il existait aussi un certain degré de confiance envers Pétain, le Maréchal, si bien qu’il était parfaitement possible d’être, en termes généraux, favorable à la résistance contre les occupants tout en demeurant essentiellement maréchaliste. Laborie constata également que, lorsque les gens commencèrent à déplacer leur loyauté loin de Vichy, ils ne devinrent pas nécessairement pour autant des résistants. La capacité de l’esprit humain à porter en même temps plusieurs opinions incompatibles, voire contradictoires – la capacité à compartimenter sa pensée ou à tenir à distance des vérités dérangeantes – est une caractéristique profondément humaine, jamais peut-être plus visible que lorsque les circonstances qui vous entourent changent de manière aussi profonde et dangereuse. Sous le poids des exigences quotidiennes, il devait être difficile de résister au bombardement constant de la propagande de Vichy, proclamant la construction d’un ordre nouveau.

Mais l’histoire, bien sûr, est écrite par les vainqueurs, et Charles de Gaulle, chef de l’armée française en exil à Londres, la réécrivit en entrant dans Paris le 26 août 1944, lorsqu’il déclara : « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière. » On ne mentionnait pas, comme on l’a souvent relevé, le rôle des forces britanniques et américaines, pas plus qu’aucune voix discordante à l’intérieur même de la France.

Tel est donc le contexte de l’histoire, et il est vrai qu’il est beaucoup plus facile de retracer l’histoire de la résistance dans le sud-ouest de la France que de mettre au jour celle de la collaboration, quelle que soit la manière dont on la définit. J’ai trouvé l’analyse et les recherches de Cécile Vaissié particulièrement convaincantes sur ce point. Dans son examen de la collaboration et de l’importance de la Milice à Cahors, elle dresse un tableau très révélateur. Elle souligne que le Musée de la Résistance, de la Déportation et de la Libération de Cahors effleure à peine la notion de collaboration ; l’essentiel de ses collections concerne la résistance. Lorsque j’ai visité le musée pour la première fois, vers 2010, j’ai été saisie par l’abondance du matériel présenté. On y trouve une collection très complète d’objets et de photographies montrant les horreurs de la guerre – les déportations, les survivants des camps de concentration y sont évoqués – mais il est vrai que l’autre face, cachée, des années de guerre y apparaît peu : cette collaboration qui allait du passif au très actif. Comme elle l’écrit, « un visiteur pourrait quitter le musée convaincu que la Résistance fut florissante dans le Lot et que les Français eux-mêmes vainquirent l’Allemagne – avec, il est vrai, un peu d’aide de leurs alliés ». Même si j’avais déjà commencé à comprendre que ce n’était pas toute l’histoire, elle a raison de souligner ce caractère unilatéral. Il sera intéressant de voir si, maintenant que le musée doit être transféré dans de nouveaux locaux et que les présentations doivent être modernisées, l’autre versant de ces années sera reconnu, et s’il est temps de réfléchir sérieusement à ces questions comme à une leçon pour l’avenir.

Si l’on regarde une carte de France, le quadrant sud-ouest délimité par Limoges au nord, Toulouse au sud, Bordeaux à l’ouest et Clermont-Ferrand à l’est – les départements de la Dordogne, du Lot-et-Garonne, du Lot et de la Corrèze – est presque vide, peu peuplé, vallonné et couvert d’arbres. Région de plateaux et de rivières, où le causse est recouvert de maigres forêts de chênes et de broussailles – une couverture qui rappelle le maquis de Corse, ce terme désignant les terres de broussailles basses de l’île – ce paysage se prêtait à la résistance cachée et aux activités clandestines. Depuis des décennies, les gens quittaient les campagnes pour chercher du travail dans les villes alentour, et les collines étaient parsemées de fermes et de granges abandonnées. Ces hautes terres calcaires forment un vaste plateau, parfois très élevé, entaillé de gorges et de vallées étroites ; elles séparent les villages et les communautés, si bien que les populations semblaient vivre dans des forteresses distinctes, séparées les unes des autres, secrètes les unes pour les autres. Ces forteresses naturelles étaient difficiles à pénétrer pour des armées régulières et offraient aux insurgés des lieux discrets où se cacher. Mais c’était aussi une région d’une grande importance stratégique. Comme le montre la carte du Lot, le département est plus ou moins coupé en deux par l’A20, la grande route qui va de Toulouse et Montauban, au sud, vers Brive-la-Gaillarde puis, à terme, Paris, au nord – et parallèlement à cette route court la principale ligne ferroviaire nord-sud. La route et la voie ferrée passent toutes deux tout près de Cahors, si bien que les activités de résistance menées dans la ville et autour d’elle pouvaient aisément perturber gravement l’occupant. Et, le moment venu, c’est exactement ce que fit la Résistance.

De même qu’il existait différents degrés de collaboration – depuis les fonctionnaires qui continuaient simplement d’exercer leur métier, jusqu’aux commerces ou aux usines qui faisaient affaire avec les Allemands, et jusqu’à la Milice -, il y eut divers chemins menant à la Résistance. Dans les premières années de l’Occupation, il existait quelques groupes de résistance bien connus à Paris et dans le nord, dont le plus célèbre fut peut-être celui rattaché au musée de l’Homme, dont l’imprimerie produisit et diffusa des tracts dans tout Paris jusqu’à ce que le groupe soit trahi en 1941. Mais la résistance pouvait être simplement une aversion pour la situation et la volonté, par exemple, de distribuer des bulletins produits par ceux qui étaient plus activement engagés, ou de détourner les yeux lorsqu’un message était déposé dans un café ou un bar ; elle pouvait aussi prendre la forme de véritables combats menés par les combattants des collines, les maquisards.

La résistance active se développa d’abord lentement. Au début de 1943, on disait qu’il y avait dans le Lot 150 hommes actifs dans la Résistance – pas nécessairement des maquisards, terme qui désigne plus précisément les hommes, (et les femmes) qui vivaient dans les collines. Leur nombre augmenta régulièrement à mesure que croissait celui des réfractaires. Beaucoup de ceux qui furent appelés réussirent effectivement à échapper au filet du STO et rejoignirent la Résistance. Certains de ces jeunes hommes fuyaient le STO davantage qu’ils n’adhéraient positivement à la Résistance ; ils manquaient de discipline, et cela posa d’abord problème. Aux débuts du maquis, beaucoup de résistants eux-mêmes doutaient de l’utilité de ces hommes réfugiés dans les collines. Mais les jeunes gens – et les jeunes femmes – se révélèrent enthousiastes et énergiques, et finirent par devenir une ressource essentielle pour la Résistance. Et ils devenaient trop nombreux pour être cachés dans les fermes.

À la tête de la Résistance dans la partie nord du Lot se trouvait Robert Noireau, dont Roger Besse m’avait parlé au début de mon enquête sur les lettres. Le nom de guerre de Noireau était Colonel Georges, et ses mémoires, Le Temps des Partisans, donnent une image saisissante des activités de résistance dans le Lot et au-delà.

À quinze ans, Roger était trop jeune, en 1944, pour entrer dans la Résistance, mais il avait un cousin à Anglars-Juillac qui y était actif, et Roger lui-même connaissait certainement beaucoup des résistants mentionnés dans le livre de Noireau. Le chauffeur de Noireau venait lui aussi d’Anglars ; il s’appelait Fernand Nouel, surnommé Nanou, et il était ami avec le cousin de Roger. Si Roger et Louis savaient qui étaient ces hommes, alors il est certain que la famille Ouillères, y compris Irénée, le savait aussi.

Noireau lui-même venait de Paris ; il était instituteur et syndicaliste. Lorsqu’il arriva dans le Lot, il était déjà un résistant actif depuis plusieurs années, emprisonné puis libéré plus d’une fois, jusqu’au jour où, détenu par les Allemands près de Rodez, il réussit à s’évader par les égouts – épisode qu’il décrit avec force détails. Il fut mis en contact avec le maquis du Lot et se retrouva avec le maquis de l’Armée secrète, l’AS de la Pergue, dans la forêt située juste au-dessus de Figeac, dans le nord-ouest du Lot. Il écrivit : « C’était un camp de nomades. Pas d’armes, hormis deux ou trois fusils de chasse, et quelques jeunes paysans qui me regardaient avec incertitude lorsque j’arrivai. Ce groupe était composé surtout de réfractaires au STO venus du Lot, mais il y avait aussi quelques réfugiés de l’Est, des Parisiens et cinq ou six Juifs plus âgés que le reste du groupe. » Les conditions étaient rudes ; ils dormaient à même le sol, sur de minces paillasses, et obtenaient des vivres auprès des paysans du voisinage en échange d’aide aux champs ou à la ferme. D’abord enchanté d’être libre, Noireau s’ennuya rapidement et, meneur naturel, commença à orienter les activités du groupe. Il lança d’abord un projet de déraillement d’un train local, acte simple mais qui devait relever le moral et l’espoir des jeunes résistants. Deux déserteurs d’un Chantier de jeunesse voisin rejoignirent le groupe et, grâce aux informations qu’ils apportèrent de l’intérieur, le maquis réussit à lancer un raid contre le Chantier pour y prendre des uniformes.

Selon Robert Noireau, la nourriture était un problème constant pour les maquisards. L’une des solutions consistait à attaquer les mairies pour s’emparer de tickets de rationnement ; souvent, le maire local était favorable aux résistants et acceptait volontiers de mettre des tickets à leur disposition – mais, pour tromper d’éventuels informateurs, on simulait parfois un véritable vol, en ligotant le personnel de la mairie et en mettant les bureaux sens dessus dessous. Dans certaines régions du Lot, en effet, ces « vols » répétés de tickets de rationnement devinrent si « institutionnalisés » que les secrétaires de diverses mairies attendaient régulièrement, à la fin de chaque mois, que les maquisards viennent les « cambrioler ».

Les groupes de résistance menaient aussi des attaques régulières contre les dépôts publics de nourriture et volaient vêtements, vivres et essence à des particuliers ou dans des magasins – des attaques qui devinrent de plus en plus audacieuses. Un jour, une bande armée de maquisards attaqua ouvertement la gare de Périgueux et s’empara, sous le nez des autorités, de bétail et de légumes prêts à être expédiés vers l’est. Noireau insistait sur le fait que les vols de bétail n’avaient lieu qu’après que les paysans avaient été payés par les autorités de Vichy – et avant que les animaux ne soient chargés pour le transport. On falsifiait des papiers officiels, on attaquait des centres ou des clubs collaborationnistes, et il y eut des tentatives d’assassinat contre des informateurs et du personnel allemand. En plus de se ravitailler, les maquisards commencèrent à multiplier les actes de sabotage – contre les voies ferrées, les installations électriques et les sites industriels ; la voie ferrée et la route nord-sud reliant Cahors à Montauban furent des cibles fréquentes.

Il existait de nombreux groupes de résistants et de maquisards dans le Lot, et leurs organisations étaient complexes, souvent imbriquées les unes dans les autres. Noireau dirigeait la région nord, autour de Souillac et de Gourdon. Jacques Chapou, connu sous le nom de Capitaine Philippe, couvrait Cahors, Lalbenque et l’ouest de Cahors, jusqu’à Montcuq et Puy-l’Évêque.

Jacques Chapou était lui aussi instituteur. Né à Montcuq de parents enseignants, il avait été mobilisé en 1939 et envoyé dans la région du Var, dans ces trains militaires caractéristiques qui transportaient huit chevaux ou quarante hommes par wagon. Après l’armistice, il revint prendre un poste d’enseignant au lycée de Cahors. Il avait été un syndicaliste actif à la CGT, la Confédération générale du travail, mais à l’approche de la guerre, la direction et la position politique de celle-ci devinrent de plus en plus anticommunistes, favorables aux accords de Munich, à Pétain, puis finalement à l’armistice. Il quitta la CGT avec dégoût, mais réussit à se servir de ses réseaux pour rechercher des syndicalistes partageant ses idées et tenter de mettre sur pied une « CGT » clandestine. Cela ne fonctionna pas, mais les liens de Chapou lui permirent de rejoindre le Groupement des transporteurs routiers du Lot, c’est-à-dire le syndicat général des transports, une position qui lui permit non seulement de savoir qui, dans tout le département, partageait ses convictions résistantes, mais aussi de disposer d’un réseau pour faire passer messages, journaux et autre matériel. Grâce à ces réseaux, il constitua dans le Lot un groupe de résistance, Libération, et publia un journal clandestin, Libération du Lot.

Une illustration prendra place ici : Jacques Chapou alias Capitaine Philippe

À côté de Libération, il existait bien d’autres noms et groupements – Combat, Franc-Tireur, Libérer -, ainsi que le groupe Veny vers la Dordogne. Des groupes particuliers sont associés à d’autres villes du Lot – Puy-l’Évêque, Prayssac. Toutefois, Noireau et Chapou se détachent nettement comme chefs.

Cahors était le centre des communications, et Chapou travaillait avec un ami, qui deviendrait son biographe, Metges, patron du Café du Midi sur le boulevard Gambetta. Le boulevard traverse le cœur de la ville, séparant le vieux Cahors, avec sa cathédrale, son marché et son enchevêtrement de ruelles étroites et biscornues, du côté moderne de la ville, avec ses bureaux administratifs et sa grande place, parfaite pour permettre à des soldats bien entraînés d’exhiber leur efficacité et leur force blondes. Les cafés et les hôtels servaient souvent de refuges et de lieux de dépôt pour les messages, car tant de gens y entraient et en sortaient. Le Café du Midi se trouvait sous le nez même de l’occupant, mais il ne fut jamais perquisitionné. Des réunions avaient aussi lieu dans une villa indépendante et discrète de Cahors, blottie sous la falaise sur la rive gauche du Lot, qui se trouvait être la maison de la mère de Chapou. (Son père était mort à Verdun et elle avait quitté Montcuq.) Libération disposait d’un vaste réseau dans les villes alentour, à Puy-l’Évêque, Montcuq, Prayssac et Bélaye, ainsi que plus au nord, à Figeac.

Le groupe de Chapou mena de nombreuses actions subversives. Il organisa la commémoration du 11 novembre 1943, anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre – strictement interdite par les Allemands – en apportant de nuit, au monument aux morts du centre-ville, une couronne en forme de croix de Lorraine, symbole de la Résistance. Sans surprise, au début de 1943, il devenait de plus en plus un « individu à surveiller » pour le gouvernement de Vichy, et il décida de passer à une forme d’action plus militante, de gagner les collines, et installa son maquis mobile à Arcambal, juste au sud de Cahors. Bien qu’à quelques kilomètres seulement de Cahors, Arcambal était un bon endroit pour se cacher : une lande broussailleuse, avec des massifs denses de forêt. Des pommes de terre et des légumes venus de Montcuq étaient livrés au Café du Midi, à Cahors, puis transmis aux maquisards actifs dans les collines alentour.

Après 1942, grâce en grande partie aux efforts de Jean Moulin, qui, en tant qu’agent spécial de de Gaulle, fut parachuté en France en 1942 pour persuader les résistants français de travailler ensemble, les groupes devinrent plus organisés. Mais, outre les différences locales, il existait des divisions entre communistes et non-communistes. Les communistes étaient mieux disciplinés, endurcis, et réticents à travailler avec les autres groupes ; leurs orientations étaient, dans une large mesure, dictées par Moscou. En 1943, les groupes fonctionnaient selon une sorte de dualité menée par Chapou et Noireau – et Noireau finit par convaincre Chapou de rejoindre l’affiliation communiste connue sous le nom de Francs-Tireurs et Partisans, les FTP.

Lorsque j’ai entrepris ce travail d’écriture, j’avais une vision romanesque des maquisards et de la Résistance, et je supposais qu’ils avaient été accueillis et soutenus partout dans le pays. Puis j’entendis parler de plusieurs familles qui étaient très hostiles au maquis, de fermiers qui supportaient mal les demandes de nourriture des maquisards, se plaignant que ceux-ci descendaient dans leurs fermes, les menaçaient avec des armes, volaient du bétail. Et je n’avais pas mesuré l’ampleur de la collaboration – depuis ses formes les plus légères jusqu’au soutien le plus actif aux occupants. Noireau écrivit d’ailleurs dans ses mémoires que les seuls paysans contraints de fournir des vivres étaient ceux qui étaient des informateurs ou qui avaient collaboré ouvertement, livrant à la Milice ou aux particulièrement brutaux Groupes mobiles de réserve, les GMR, des renseignements sur les activités du maquis.

De fait, les villages, et même les familles, étaient souvent divisés. À partir de l’automne 1943, les GMR participèrent à de nombreuses offensives lancées contre les maquisards, qui se trouvaient souvent très inférieurs en nombre – un raid près de Cahors opposa ainsi 800 réservistes des GMR à des maquis généralement peu armés. Pour éviter d’être découverts et encerclés, les maquisards devaient se déplacer tous les deux ou trois jours.

L’activité résistante se concentrait dans le nord et l’est du département, autour de la voie ferrée et de l’A20, mais des sympathisants et des militants vivaient partout, dans les villages autour de Latour – Bélaye, Puy-l’Évêque, Castelfranc, Sauzet – ainsi que dans les centres de Gourdon et de Figeac. Il est intéressant de noter que la gendarmerie, dans l’ensemble, était favorable au mouvement de résistance. Mais si les résistants étaient partout, les informateurs l’étaient aussi. Les feuilles locales de la Résistance identifiaient et nommaient les membres de la Milice et les informateurs à travers tout le département. Le Lot Résistant, dans son troisième numéro de 1944, cite Bernard, professeur au lycée de Cahors, comme chef de la Milice – « un dur de durs », -, et Émile Laporte, journaliste au journal La République, qui trahit ses amis, un journaliste français « à la langue allemande » ; ainsi que M. Sylvain, à Grézels, chef de district, qui souhaite la victoire totale de l’Allemagne. J’ai moi aussi entendu des histoires murmurées de collaboration à Bélaye, et aujourd’hui encore il existe à Bélaye et dans les villages alentour des familles qui refusent de se parler.

Un informateur extrêmement actif fut Hercule – nom ironique, puisqu’il était « anormalement petit et chétif », selon Cécile Vaissié -, qui travailla étroitement avec la Gestapo à Cahors et dans ses environs. Réfugié arrivé à Cahors pendant l’exode, il partit travailler volontairement en Allemagne pendant un an environ, puis revint à Cahors en 1943. Il entra à Libération, devenant un membre si apprécié et si digne de confiance du groupe qu’il finit par devenir le chauffeur de Philippe ; cette position lui donnait une connaissance très précieuse des activités de la Résistance, qu’il partageait bien entendu avec ses amis de la Gestapo. Il identifia la maison de la mère de Chapou, où des réunions avaient eu lieu dans les premiers temps, bien qu’elle se fût ensuite cachée près de Cahors avec ses petits-enfants. Mais il se trouva que, le jour où la maison fut perquisitionnée, elle était revenue y chercher quelques affaires ; elle fut arrêtée et envoyée à Toulouse. Elle ne donna aucune information utile, mais la Gestapo pilla la villa, volant argenterie, bijoux, linge de corps, machine à écrire et vêtements. La maison fut ensuite réquisitionnée, et le chef de cabinet du préfet y installa promptement sa maîtresse.

Hercule identifia aussi des individus, dont le docteur Garnal, qui assurait les soins médicaux aux maquisards et avait installé un hôpital de campagne dans une ferme isolée et cachée. Avec l’aide d’un radiographe et d’un pharmacien, il dissimula des résistants blessés dans l’hôpital de Cahors, et leur courage est reconnu par une plaque apposée sur le mur de l’hôpital : « Ordre de la Libération – La Médaille de la Résistance française a été décernée à l’Hôpital de Cahors pour sa participation à la lutte pour la libération de la France. » De nombreuses arrestations eurent lieu autour du lycée, souvent à la suite des informations fournies par Hercule. Pour la Résistance, la peur de l’infiltration était constante. La torture pratiquée par la Gestapo était rude et sanglante ; l’une de ses méthodes favorites consistait à attacher les victimes par les mains et les pieds, à les suspendre à un crochet de boucher, puis à les frapper avec des crampons. Hercule disparut soudain, puis réapparut en uniforme nazi complet lors du raid sur Figeac, plus tard en 1944.

Noireau et Chapou savaient parfaitement qu’ils avaient besoin d’armes et de ravitaillement, et se tournèrent vers le SOE, le Special Operations Executive britannique, pour obtenir de l’aide. Dès 1942, Chapou avait organisé la préparation de terrains de parachutage à Pradines et Lalbenque, dans des zones accidentées proches de Cahors, et à Sauzet, haut sur le causse au sud de Latour. Bien que le SOE fût actif dans toute la France depuis 1941, ce n’est qu’en janvier 1944 qu’eut lieu la première mission alliée dans le Lot. Le 7 janvier, George Hiller et Cyril Watney, son opérateur radio, furent parachutés près de Carennac, dans la partie nord du Lot, près de la Dordogne. En janvier, il fait très froid dans ce coin de France. La mission de Hiller et Watney était d’aider à organiser les groupes de résistance et de fournir également des fonds, en travaillant avec les différents groupes du Quercy. L’une de leurs premières missions fut de coordonner un raid contre une usine appelée Ratier, près de Figeac, dans le nord du Lot, où l’on fabriquait des hélices pour la Luftwaffe. L’attaque réussit si bien que l’usine ne reprit pas la production jusqu’à la fin de la guerre.

Cyril Watney travailla étroitement avec Pierre Almus, dont la famille était originaire de Bélaye – son père, Lucien, fut maire de 1934 à 1939. Pierre avait travaillé à Paris comme ingénieur radio et était revenu à Bélaye pour soutenir la Résistance comme opérateur radio. Des amis à moi vivent aujourd’hui dans la maison Almus et ils avaient entendu dire qu’une plaque avait été posée sur le mur de la maison en sa mémoire, bien que, pour une raison inconnue, elle ait été retirée. La maison de Pierre servait à cacher des armes ainsi que des pièces de radio, transportées par un voisin dans une camionnette à double fond. Mes amis ont effectivement trouvé dans leur cave de vieilles caisses en bois portant des inscriptions allemandes ; les caisses se sont désagrégées lorsqu’ils ont essayé de les déplacer, mais elles auraient constitué une excellente cachette pour des objets clandestins. Comme pour tant de choses, le souvenir des activités résistantes de Pierre semble s’être effacé – on m’a répété bien des fois qu’il ne restait plus personne pour se souvenir de ces jours-là -, mais dans les registres de la mairie, j’ai trouvé l’avis de son décès en 1951, à l’âge de quarante-trois ans. Il était chevalier de la Légion d’honneur et avait reçu la Médaille de la Résistance française, distinction rarement attribuée, ainsi que la Croix de guerre.

Je trouve pourtant étrange que personne à Bélaye ne m’ait raconté cette histoire d’héroïsme. Le maire lui-même est en réalité historien et, bien qu’il ait toujours été parfaitement courtois avec moi, il ne montre aucun intérêt pour cette période, ni pour ma cache de lettres, bien que je les lui aie communiquées. C’est caractéristique de la France d’aujourd’hui, comme le montre l’accueil réservé aux recherches de Vaissié à Cahors, mais j’ai toujours eu le sentiment que Bélaye – village fortifié au sommet d’une colline – pouvait avoir un esprit plus indépendant, même si son histoire a elle aussi ses ambiguïtés. Pendant la guerre de Cent Ans, les environs de Bélaye furent occupés par les Anglais – on dit qu’Anglars viendrait d’Anglais -, tandis que Bélaye demeurait un bastion français. Mais un habitant du village devait être à la solde des Anglais, car il ouvrit la grande porte, le seul point d’entrée, et les Anglais redoutés firent irruption dans le village et s’en emparèrent. Le traître, pour une raison quelconque, resta au village, se croyant inconnu et sans doute protégé par les Anglais. Mais on le connaissait, et lorsque le village repassa aux mains des Français, il fut capturé et enfermé dans un tonneau de vin en bois. De longs clous furent enfoncés dans le tonneau, puis on le précipita depuis le belvédère de Bélaye ; il dégringola, roula, bondit le long de la falaise presque verticale jusqu’au Lot.

Mais si je n’avais pas lu les mémoires dactylographiés de Cyril Watney, conservés à l’Imperial War Museum de Londres, je n’aurais eu aucune idée de l’importance de Bélaye et d’Almus. J’appris aussi par hasard qu’une enfant juive avait été cachée à Bélaye ; elle grandit et épousa un instituteur du pays. Mais lorsque je tentai de gratter la surface de cette histoire, je me heurtai à une réaction inattendue de la part de l’instituteur en question : aucune fierté immédiate devant l’exemple de résistance que cela représentait, plutôt une dénégation. « Oh, eh bien, elle n’était pas vraiment juive, ses parents s’étaient convertis au christianisme et, de toute façon, ils sont partis vivre vers la Méditerranée. » Cette période s’est perdue, balayée sous le tapis.

En mars 1944, les différents groupes de maquis s’étaient regroupés au sein des FTP, le groupe communiste, qui disposait du meilleur réseau et certainement de la discipline la plus rigoureuse. Philippe dirigeait désormais les activités militaires, Georges les activités politiques, et le troisième membre était Gaston, responsable des questions techniques. La Résistance dans le Lot était divisée en trois zones : le secteur A – Souillac et Gourdon ; le secteur B – Figeac, Latronquière, Lacapelle-Marival ; et le secteur C – Cahors et la région du sud-ouest.

On assiste alors à une montée régulière des actions en prévision du débarquement allié attendu, le D-Day, ou Jour J. Selon Noireau, les unités de la Résistance reçurent au total 220 tonnes d’armes par l’intermédiaire de Watney, Hiller et d’autres – parmi eux un jeune Écossais nommé McPherson, bien connu pour porter le kilt ; il y a dans les mémoires de Noireau une photographie de lui en grande tenue écossaise. Au cours des mois suivants, la quantité de matériel parachuté dans le Lot augmenta considérablement : de 1 202 conteneurs au dernier trimestre de 1943 à 6 715 au premier trimestre de 1944. Un conteneur standard contenait 6 000 cartouches, 40 grenades, 27 mitraillettes Sten avec 7 000 cartouches, 5 pistolets avec 250 cartouches, 36 fusils avec 54 000 cartouches, 8 kilos d’explosif plastique et 160 pansements. Au total, quelque 10 000 tonnes de matériel de guerre furent parachutées en France, reçues et distribuées par le Service des atterrissages et parachutages, le SAP, dans le sud du pays. Les actes de sabotage devinrent plus efficaces et plus nombreux, avec notamment la destruction de lignes téléphoniques sur l’A20 entre Cahors et Brive, la destruction de pompes à eau dans des gares, le sabotage de voies ferrées à Gourdon, la destruction de lignes à haute tension près de Gourdon. Au début de mai, une embuscade près de Gourdon tua quinze Allemands, et le 1er juin, le nœud ferroviaire de Capdenac, dans l’est du Lot, fut occupé par 750 hommes dans dix-sept gros camions et six véhicules plus légers. Le 7 juin, le Journal du Lot publia un petit article sur le déraillement de trains dans un tunnel au bord du Lot, près de Saint-Cirq-Lapopie : plusieurs citernes d’essence avaient explosé. Les activités de sabotage à l’approche du 6 juin visaient généralement à perturber les liaisons ferroviaires plutôt qu’à détruire, par exemple, des ponts, puisque le réseau serait nécessaire aux Alliés après le débarquement.

J’ai essayé, avec un succès limité, de retrouver les noms de résistants individuels dans les villages proches de Bélaye. J’en ai trouvé quelques-uns – Nanou, Pierre Almus, le cousin de Roger -, mais j’ai aussi appris que les Albenquats avaient joué un rôle. Au départ, les maquisards vivaient dans les forêts, les grottes et les fermes abandonnées, mais à mesure que leurs forces grandissaient, ils commencèrent à réquisitionner de grandes maisons dans la région. En 1944, le groupe de Chapou logeait dans un château près de Latronquière, et Roger comme Claude Sillac m’ont dit que la Résistance – il se serait agi des FTP, désormais le groupe unique – avait pris possession des Albenquats comme quartier général en 1944. Geneviève semble y faire allusion dans une lettre à Paul. Elle espère que l’installation des « réfugiés » s’est bien passée, mais s’inquiète du fait qu’eux aussi pourraient être contraints de quitter Bordeaux :

« Mon cher Léopold,

Nous espérons que tout se passera bien pour l’installation des réfugiés, sans trop vous donner de trop de tracas! Le même sort nous est peut-être réservé car on parle et on conseille d’évacuer Bx. Donc réserver toujours la grande maison pour familles de Folmont (2)

David-de-Prades (1)

et Prévot (3)

sans parler de 2 familles amies de 8 personnes chaque qui nous demandent asile en cas d’évacuation !

Elle se demande si d’autres châteaux et grandes maisons sont également réquisitionnés

« Mr David et Cousserans en ont-ils aussi d’annoncés ou sommes nous les seuls ?

Elle reste prudente :

« Ecrivez-nous les lettres dans une enveloppe ; je vous en rapporterai une douzaine, afin que tout le monde ne lise pas notre correspondance

Nous vous espérons tous ainsi qu’Irenée en bonne santé. Ici la grippe est passé les enfants sont pâlots ils on eu plus de 40o et le délire! Madame nous fait dire que les draps pour refugiés sont dans l’armoire de sa chambre. Mme Guy et les enfants arriveront de toute façon très tôt

Amitiés à tout

G David de Prades

J’imagine que l’occupation de grandes maisons de campagne vides n’était pas nécessairement entièrement volontaire du point de vue des propriétaires. Janet Tessier du Cros note que le maquis prit possession de plusieurs maisons dans un village appartenant à ses beaux-parents, dans les Cévennes.

On sent alors que l’équilibre de la guerre change rapidement, avec les préparatifs du débarquement à venir en Normandie.


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